Hazart

Syrie | Principauté d'Antioche


Toponymes connus

  • Hazart
  • Azaz - اعزاز Arabic

Description

Français

Histoire

La forteresse de Hazart, sise à l’extrême nord du djebel Seman, occupait une position d’un intérêt considérable au temps des Croisades : posséder Hazart revenait pour les Francs d’Antioche et d’Edesse – la citadelle se trouvant en effet à la frontière imprécise entre le comté d’Edesse et la principauté d’Antioche – à disposer d’une formidable plate-forme d’attaque conjointe contre la ville d’Alep ; alors qu’Hazart aux mains des Musulmans était synonyme d’entrave aux communications entre les deux Etats francs. D’une importance capitale, la place fit l’objet d’âpres combats tout au long de la première moitié du XII ème siècle, avant de tomber définitivement aux mains des Musulmans.

Au cours de la Première Croisade, l’armée franque, penétrant en Syrie du nord, passa au voisinage d’Hazart à la fin de l’année 1097, sans toutefois l’attaquer. Ce n’est qu’un an plus tard, à la suite de l’éprouvant siège d’Antioche, qu’une expédition fut menée en direction de la forteresse par Godefroy de Bouillon : l’aide du duc de Lorraine avait été sollicitée par le gouverneur de la place, un certain Omar, alors assiégé par son suzerain – le malik d’Alep Ridwan – contre lequel il s’était révolté. Ridwan s’étant retiré avant l’arrivée des troupes franques, Omar vint à la rencontre du duc Godefroi et lui témoigna sa gratitude en se déclarant son vassal et homme-lige. Curieuse démarche que celle de ce chef musulman – la légende veut qu’il y aurait été encouragé par une captive franque récemment tombée en son pouvoir – à l’orée de plus de deux siècles de lutte incessante, initiant par là même la longue liste des alliances franco-musulmanes qui jalonnent l’histoire des Croisades.

Une vingtaine d’années plus tard, Roger d’Antioche, avec l’aide du prince d’Arménie Léon Roupen, s’empara d’Hazart au prix d’un siège rapide (Noël 1118). La forteresse passa peu après sous l’autorité des comtes d’Edesse, consécutivement au mariage de Joscelin de Courtenay avec Marie, soeur de Roger, laquelle apporta Hazart en dot. En 1120, l’émir turcoman de Mardin al-Ghazi, faillit emporter la place, y renonçant au dernier moment pour mener une offensive brusquée sur Antioche, alors vulnérable.

Au printemps 1125, l’émir Bursuqi, atabeg de Mossoul, ayant réuni sous sa férule toutes les forces de la Syrie musulmane, vint assiéger à son tour la forteresse. La place ne comprenait alors que peu de défenseurs et manquait d’approvisionnement. Pour ajouter au désarroi des assiégés, un pigeon voyageur annonçant l’arrivée imminente du roi Baudouin II de Jérusalem, fut intercepté par l’ennemi qui en falsifia le message, indiquant au contraire que le roi, retenu en Palestine par une invasion égyptienne, ne pouvait leur venir en aide. Au moment où les défenseurs allaient se rendre, Baudouin II surgit avec le faisceau des forces franques qu’il avait glané au cours de sa remontée vers la Syrie du nord, ordonné en trois corps : au centre le roi et ses chevaliers de Palestine, à l’aile gauche Pons de Tripoli et Joscelin de Courtenay, à droite la chevalerie d’Antioche, soit au total 1500 chevaliers et 2000 fantassins contre une armée avoisinant les 15000 hommes, d’après les chroniques. S’ensuivit une importante bataille, au déroulement fort original : le roi Baudouin, adoptant pour l’occasion la tactique habituelle des Turcs, feignit de rompre le combat pour se réfugier à Athareb ; lorsque ces derniers furent débandés et se lancèrent à sa poursuite – ce dont il fut informé par un feu allumé en haut du donjon d’Hazart – le roi ordonna une brusque volte-face, donnant lieu à une indicible mêlée qui tourna à l’avantage des Francs. Les Turcs, qui avaient abandonnés arcs, embuscades et tourbillonnements, furent contraints au corps à corps, à la mêlée sauvage des épées et des lances. A ce jeu, la chevalerie cuirassée franque reprenait tout son avantage, annihilant sous son poids la supériorité du nombre. Les Turcs prirent la fuite, « si laidement qu’oncques ne regarda derrière lui qui estoit ! »

Construite sur une éminence isolée à 550 m, Hazart, jadis dotée d’une double enceinte, était réputée imprenable. Bâtie en briques crues et en argile, elle avait été notablement fortifiée par le comte Joscelin de Courtenay. Aujourd’hui, de l’importante citadelle ne subsiste que son substrat, un tell étroit utilisé à des fins militaires.