Cursat

Turquie | Principauté d'Antioche

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Toponymes connus

  • Cursat
  • le Coursaut
  • Castrum Patriarchae Latin
  • Qalaat al-Zau - قلعة الذو Arabic
  • Qalaat Qoseir Arabic

Description

Français

Histoire

Situé à une dizaine de kilomètres au sud d’Antioche, le château de Cursat n’est mentionné dans les chroniques qu’à partir de 1133, date à laquelle le roi Foulque de Jérusalem, intervenant dans les désordres de la principauté, s’en empara. La forteresse devint plus tard (vers 1155) la place de sûreté du patriarche latin d’Antioche, qui y entreposait ses trésors et venait s’y réfugier en période de trouble, ce qui valut parfois au château le nom de Castrum Patriarchae .

Ainsi, Aymeri de Limoge – le plus prestigieux patriarche qu’ait connu la principauté – s’y retira en 1165, lorsque le prince d’Antioche dut consentir – sur les demandes pressantes de son beau frère l’empereur byzantin Manuel Comnène – à l’intronisation d’un patriarche grec dans sa capitale. Ce dernier ayant succombé à ses blessures suite au terrible tremblement de terre qui ravagea la Syrie en 1170, le prince Bohémond III vint faire pénitence à Cursat pour ramener le vénérable pontife à Antioche.

Les déboires de la vie privée du prince lui valurent de se faire excommunié par Aymeri une dizaine d’années plus tard, lequel, une fois de plus, trouva refuge à Cursat. Bohémond III, fou de colère, vint en effet l’y assiéger et mena par la suite une guerre sans merci aux membres du clergé « aussi volontiers com se ce fusent Sarrazin »…

Saladin épargna Cursat en 1188 grâce à l’intervention d’Aymeri qui puisa dans ses trésors pour éviter à ses terres et son château le sort du reste de la principauté.

En 1256, la région d’Antioche étant constamment sujette aux incursions turcomanes, le château fit l’objet d’une campagne de fortification. La qualité d’exécution des ouvrages défensifs fut telle qu’il résista une première fois (printemps 1268) aux troupes envoyées par Baîbars alors que ce dernier assiégeait Antioche. Une fois la grande cité prise, le sultan mamelouk résolut de serrer plus étroitement la place. Le château avait alors été confié par le patriarche à un certain Sire Guillaume, lequel s’était toujours ménagé l’amitié des émirs musulmans voisins (en les renseignant sur les projets des chrétiens), et plus particulièrement le gouverneur de Soghr et Bakas, qui intercéda en sa faveur auprès de Baîbars.

Le sultan épargna donc la forteresse à condition que Guillaume partage ses revenus avec ses voisins. Ayant perdu son épouse, Guillaume se fit peu après moine et laissa la garde de Cursat à son père Sire Bastard. Ce dernier, moins habile et loyal que son fils, se brouilla avec l’émir de Soghr et Bakas et tomba dans un guet apens (13 avril 1275) tendu par Baîbars qui l’emprisonna à Damas. La forteresse fut ensuite assiégée et sa garnison se rendit le 14 novembre 1275 après un blocus étroit.

Description

Occupant un large tertre au sein d’un paysage vallonné, la forteresse se présente comme un polygone irrégulier épousant les contours de l’éminence. L’entrée s’y faisait par une porte percée dans le front nord. Celle-ci était défendue par une herse dont on peut encore voir les rainures.

Bordée d’escarpements, la forteresse était particulièrement vulnérable sur son front sud-ouest où, dominée par les hauteurs voisines, elle se trouvait potentiellement exposée aux machines de siège ennemies. C’est pour cela que les principaux ouvrages défensifs du château se concentrent sur ce front. Ainsi, un large fossé a-t-il été taillé dans la roche en ce point, approfondissant le sillon déjà creusé par le nahr el-Bawerdé. De même, la courtine primitive fut plus tard (1256) renforcée par deux admirables tours semi-circulaires, construites de blocs de grand appareil à bossage tabulaire. Un talus conique, élevé sur le roc taillé suivant le même profil jusqu’au fond du fossé, protégeait ces deux ouvrages des mines.

Fermées à la gorge – ayant sans doute été adossées à la muraille de l’enceinte primitive – ces deux tours comportent deux niveaux de défense : l’étage inférieur consiste en une « gaine » ménagée dans l’épaisseur de la muraille et percée de sept meurtrières à fort ébrasement. Ce couloir de défense, voûté en berceau, mène d’un côté à une poterne au pied de la tour, laquelle permettait vraisemblablement d’accéder au chemin de ronde de la courtine, tandis qu’un escalier en équerre permettait d’atteindre de l’autre côté l’étage supérieur. Trois meurtrières similaires aux autres ponctuent ce niveau, complétées par deux fenêtres rectangulaires sur chaque joue de la tour.

On peut aisément reconnaître deux niveaux de courtine, le second enfermant un espace circulaire réduit au centre de l’élévation rocheuse. De nombreuses salles souterraines, peuplées de chauves-souris, sont encore accessibles, bien qu’en grande partie obstruées. En parcourant le pourtour de la citadelle, on peut encore identifier plusieurs poternes dont l’une, sur le front sud, a été extrudée dans le rocher.