Baruth

Liban | Royaume de Jerusalem


Toponymes connus

  • Baruth
  • Beryte
  • Berytum Latin
  • Beyrouth - بيروت Arabic Contemp.

Description

Français

Histoire

Lorsque les premiers Croisés parurent sous les murs de Baruth le 19 mai 1099, l’émir Tanoukhi, gouverneur fatimide de la ville, n’eut guère de difficultés à acheter sa sûreté et celle de ses habitants en ravitaillant l’ost, qui poursuivit tranquillement sa route vers Jérusalem. En plus de l’importante rançon en espèce qu’ils expédièrent aux Francs, les Beyrouthins s’engagèrent même à devenir leurs sujets au cas où ceux-ci triompheraient à Jérusalem (promesse qu’ils se gardèrent bien d’honorer quand ce fut chose faite, légitimement apeurés par le sort réservés aux habitants de Jérusalem !). Baudouin Ier de Jérusalem ne tarda pas à se rappeler à leur souvenir en 1110, profitant de la présence inespérée d’une flotte de 40 galères génoises pour assiéger la ville par terre et mer. Le siège fut terrible et dura deux mois. La « pinoie » autour de la ville fournissait aux assiégeants tout le bois nécessaire à la construction d’engins de siège, tandis que les défenseurs recevaient une précieuse aide maritime des cités de Sidon et Tyr. Le 13 mai, les Francs après une furieuse journée de combats, parvinrent à emporter la ville d’assaut, laquelle fut aussitôt consciencieusement mise à sac… Premier acte symbolique d’une domination qui allait durer au total 171 ans, l’église Saint-Jean Baptiste (actuelle mosquée al-Omari) fut édifiée peu de temps après sur ordre du roi Baudouin, selon un plan en croix comme il était alors d’usage dans la chrétienté latine.

Outre deux tentatives restées infructueuses de la flotte fatimide en 1151 et en 1157, la cité fut investie par surprise par Saladin en août 1182, avec le concours d’une escadre égyptienne. Le jeune roi de Jérusalem Baudouin IV répondit à l’agression en se rendant à Tyr pour y faire appareiller et armer au plus vite tous les navires disponibles. Le siège redoubla alors de vigueur, le sultan comprenant qu’il devait emporter la ville avant l’arrivée du roi lépreux. Mais, n’ayant pu acheminer d’engins de siège à travers les passes du Mont Liban, il se résolut finalement à rentrer à Damas.

Le contexte avait bien changé lorsque, 5 ans plus tard – et peu après la bataille de Hattin – Saladin reparut sous les remparts de la ville. La population, privée de ses chefs, n’en résista pas moins courageusement une semaine entière avant de se rendre au magnanime sultan, qui laissa les défenseurs de la ville se replier sur Tyr.

Baruth représenta dès lors un dangereux abcès ayyubide entre les places franques du littoral libanais et pas un jour ne passait sans son lot de navires chrétiens interceptés par des pirates, basés à la pointe du Ras Beyrouth, le « ros » des chroniques. La ville ne fut reprise qu’en octobre 1197 par le roi de Chypre Amaury II, avec l’aide de contingents allemands récemment débarqués en Terre Sainte. Au terme d’une expédition minutieusement préparée, l’armée franque, remontant la côte de Tyr à Beyrouth, fit si fière contenance devant le sultan al-Adil – frère et successeur de Saladin – que ce dernier ordonna le démantèlement et l’évacuation de Baruth. La ville fut néanmoins sauvée de justesse par son gouverneur Izz al-Din Usama, lequel se porta garant de sa défense. Mais à l’arrivée des Francs, la destruction était trop avancée pour permettre aux restes de murailles de représenter un quelconque obstacle, si bien qu’Usama dû se résoudre à trouver refuge dans la citadelle qui était, elle, encore intacte. Toutefois, ayant commis l’imprudence d’y laisser seuls des prisonniers chrétiens, il s’en vit interdire l’accès et prit la fuite. Baruth fut ainsi reprise sans qu’une seule goutte de sang n’ait été versée puis placée sous la férule du sage Jean d’Ibelin, que la postérité retiendra comme le “vieux sire de Baruth”. Près d’un siècle plus tard (21 juillet 1291), et suite à la tragique chute d’Acre, la ville fut remise sans combat au sultan al-Achraf.

Il ne reste que peu de traces de la Beyrouth médiévale, tant la ville a subi ces derniers siècles les affres de l’Histoire. Toutefois, l’église Saint-Jean des Croisés, devenue entre temps la mosquée al-Omari, existe toujours en parfait état non loin de la Place de l’Etoile, à l’intersection des rues Allenby et Weygand. Elle occupait pour ainsi dire le centre de la ville médiévale dont les remparts – aujourd’hui complètement disparus – longeaient l’actuelle Place des Martyrs à l’est, la rue émir Bachir au sud et le Grand Sérail à l’ouest. A son extrémité nord-est, la muraille se prolongeait d’une Tour de la Mer ( Burj al-Bahr ), dite aussi Tour armée ( Burj-al-Moussalah ), ouvrage aux belles dimensions – sans doute la citadelle de la ville franque – dont nous pensons avoir retrouvé quelques restes près du Virgin Mégastore, de l’autre côté de l’avenue Charles Hélou.

D’après les récits des voyageurs du XIXème siècle, le petit port de Baruth, attenant à la ville, était défendu par deux imposantes tours carrées dites « Tours des Génois », présentant par leur importance certaines analogies avec la Tour de Maraclée, mais peu éloignées du rivage auquel elles étaient reliées chacune par une jetée. Ces deux tours défendaient la rade par une énorme chaîne, qui permettait de barrer son accès aux navires indésirables. Ici plus qu’ailleurs, les chances de retrouver de quelconques vestiges de ces édifices sont presque nulles, la Beyrouth moderne ayant gagné près d’une centaine d’hectares sur la mer depuis le XIXème siècle…