Bahani

Liban | Comté de Tripoli

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Toponymes connus

  • Bahani Med.
  • Burj Bhanine - Burğ Bah̟nīne / برج بحنين Arabic Contemp.

Description

Français

Histoire

Établie sur une légère éminence à proximité du Nahr al-Bared , à quelques kilomètres de la mer et non loin de la route reliant Archas à la Triple, Bahani, aujourd’hui Burj Bahnine, ne semble pas commander un quelconque gué, ni surveiller la route, pourtant importante, qui reliait les deux cités du Comté. Du sommet de la tour, on aperçoit tout juste à l’ouest, le cours d’eau bienfaiteur pour les nombreuses parcelles encore exploitées de nos jours, et c’est bien au milieu d’une petite plaine, aujourd’hui plantée d’oliviers, que l’ouvrage a été édifié. Ce casal, donné à l’Hôpital Saint-Jean du Mont-Pélerin en 1127 par le comte Pons de Tripoli, incarne typiquement l’image d’une colonie franque rurale, dotée d’un symbole à la fois administratif et militaire.

Pour sa défense, seule l’épaisseur de ses murs et la qualité de ses parements semblent avoir été consacrées. Ces derniers, habillés de bossages chanfreinés particulièrement soignés, sont encore en place sur le mur nord de la tour et l’abondance de marques lapidaires frappant la table des bossages ne laisse aucun doute quand à l’identité des tacherons qui les réalisèrent. Autres organes habituellement dédiés à la défense, les deux ouvertures qui percent les murs du premier étage ressemblent ici plus à des fenêtres qu’à de véritables niches d’archères. Les ouvertures sont larges et hautes et ne semblent pas correspondre à la typologie courante des ouvertures pratiquées à des fins militaires.

Ainsi est-il raisonnable de penser qu’une des fonctions principales de cette tour, surtout suggérée par le choix de son emplacement, fut bien de figurer la représentation autoritaire du pouvoir féodal franc – ce qui va aussi dans le sens de l’important travail esthétique des bossages qui vient d’être évoqué – et, en second lieu, sa capacité à résister, un temps, au coup d’un rezzou.

Description

Chose peu commune, la tour est bâtie autour d’une seule et unique voûte en berceau légèrement brisée, particulièrement élevée et dont le volume inscrit était divisé en deux par un plancher charpenté. Les trous de boulins sont visibles juste au dessus du niveau du plancher actuel qui est, assurément, un ajout postérieur. Une porte au rez-de-chaussée dessert le cellier. Cet accès direct est peu courant et pourrait bien indiquer la volonté forte de rendre ce niveau le plus fonctionnel possible, afin notamment d’y entreposer des denrées de tous genres. Là encore, l’usage courant, plus que des impératifs militaires, semblent avoir dictés une partie de la réalisation de la structure.

Une échelle amovible devait permettre de gagner l’étage charpenté. Celui-ci est éclairé par les deux ouvertures mentionnées précédemment et a été, depuis, remplacé par un plancher maçonné. Ce dernier repose sur un mur de refend qui suit l’axe du berceau de la voûte et cache dans son épaisseur un réservoir allongé et intérieurement recouvert d’enduit, lequel pourrait avoir servi au stockage de liquide ou de grain. Encore une fois, cette structure totalement inédite, est fort vraisemblablement postérieure à la période médiévale.

Le premier étage, du fait de son éclairement important, semble plus convenir à un espace de vie quotidienne, comme cela fut souvent le cas pour la plupart des tours franques. Cette hypothèse commune peut être toutefois nuancée par des considérations de confort. Isoler les deux fonctions résidentielle et fonctionnelle à l’aide d’un simple plancher expose forcément la première aux nuisances sonores générées par la seconde. Généralement, les planchers, ou mezzanines, étaient utilisés pour délimiter des niveaux de même fonctionnalités tandis que le niveau de vie était isolé de ces volumes par un véritable plancher “en dur”. La choix qui a été fait pour élever la tour de Bhanine pourrait indiquer que l’utilisation résidentielle de la tour fut réduite ou très occasionnelle, ou destiné à des personnages peu exigeants (militaires ou petits fonctionnaires, par exemple).

Le niveau le plus élevé est quant à lui desservi par un escalier pratiqué dans l’épaisseur du mur et dont le point d’entrée se trouve au niveau du premier étage. A cette hauteur, les parements extérieurs ont été arrachés ainsi qu’une partie de l’âme du mur. En conséquence, l’escalier est aujourd’hui à ciel ouvert et depuis l’extérieur de la tour on peut suivre sur quelques mètres la tranche de la voûte qui jadis en dessinait le conduit. Sur le toit, et comme pour l’ensemble des tours médiévales de la région à l’exception de celle de Safita, les couronnements ont tous disparus.