Toron, le

Liban | Royaume de Jerusalem


Toponymes connus

  • Toron, le
  • Tinenin
  • Toronum Latin
  • Tebnine - Tebnīne / تبنين Arabic
  • Tibnine Arabic

Description

Français

Histoire

Dominant les hauteurs séparant la Phénicie de la Haute-Gallilée, le château du Toron – terme signifiant en vieux français « éminence » ou « colline isolée » -, plus connu aujourd’hui sous le nom de Tibnîn, fut construit par le seigneur de Tabarie, Hugues de Saint-Omer vers 1104, afin de réduire la ville de Tyr, alors encore aux mains des Fatimides d’Egypte. N’ayant de cesse de mener de fructueux rezzous de Tibériade jusqu’aux alentours de la riche métropole maritime ( une ligne droite de soixante kilomètres), Hugues risquait continuellement de se faire intercepter par des troupes musulmanes dans les défilés du Jebel Jumla ou du Jebel Safed. Il découvrit un jour dans les montagnes dominant Tyr un tertre fort, sur lequel il décida d’établir une forteresse : le château de Toron fut édifié rapidement, à quelques 22 kilomètres du rivage, soumettant ainsi la ville à un danger continu.

Ce glorieux prince mourut peu après, dans une embuscade. L’émir Izz al-Mulk, alors gouverneur de Tyr, en profita pour mener une expédition contre le Toron fraîchement construit. A cette nouvelle, le roi de Jérusalem Baudouin 1er accourut de Tabarie et inféoda le pays sans défenseur à un chevalier soissonnais, Gervais de Bazoches, « son émule en vaillance ». Ce dernier, tombé à son tour dans une embuscade ( mi-mai 1108), fut fait prisonnier par les Turcs et cruellement exécuté en pleine ville de Damas, laissant le Toron une nouvelle fois sans maître. La seigneurie de Toron échut par la suite à un certain Onfroi, lequel deviendra Onfroi de Toron, fondateur d’une des plus prestigieuses familles du royaume de Jérusalem, dont le nom restera longtemps synonyme de bravoure et de prudence.

La possession de ce château assurait aux Francs la maîtrise de tout le pays compris entre Tyr et Safed, ce qui en fit une importante place de guerre. Saladin ne s’y trompa d’ailleurs pas lorsqu’il y dépêcha – alors qu’il assiégeait lui-même Beyrouth – son neveu Taqi al-Din. En dépit de la captivité de son seigneur – le jeune Onfroi, quatrième du nom, fait prisonnier à Hattin – la place était si forte et la garnison fit si bonne figure que Taqi al-Din du faire appel à son oncle pour parvenir aux fins qu’il escomptait. Après une farouche résistance, la garnison du château consentit à capituler et eut la vie sauve (26 juillet 1187).

Près de dix ans plus tard, les Francs, conduits par le roi Amaury de Lusignan et renforcés par quelques contingents de soudards brabançons et allemands, entreprirent la reconquête de l’intérieur des terres. Devant marcher sur Jérusalem, l’armée chrétienne entreprit d’abord de s’emparer du Toron, afin de desserrer quelque peu la pression sur la ville de Tyr.

Le siège fut au début rondement mené, les mineurs chrétiens parvenant à faire s’effondrer un pan de muraille, ouvrant ainsi l’accès à la citadelle. Les défenseurs, qui craignaient sans doute une prise d’assaut, résolurent de se rendre en échange de leur vie sauve et des 500 captifs chrétiens détenus dans les geôles de la citadelle. Cependant, les Allemands ne voulaient entendre parler que d’une reddition à merci avec son lot de tueries et de butin. La garnison, condamnée à se battre jusqu’à la mort, offrit aux Croisés une résistance désespérée, et se défendit si bien qu’aucune intrusion ne fut permise. Une nouvelle offre de reddition fut formulée, les assiégés étant même prêts à laisser des otages. Mais le chancelier d’Allemagne remit à demain l’occupation de la forteresse, occupé qu’il était à ses dévotions – c’était en effet la veille de Noël – au grand dam de son armée. Or, le lendemain, les assiégés avaient changé d’avis, par peur sans doute des brutalités allemandes. Les chroniques arabes racontent à ce sujet que ce furent les Barons francs de Syrie qui, craignant les effets dévastateurs d’un éventuel massacre en terme de représailles, s’ingénièrent à prévenir les assiégés des risques qu’ils encouraient en se rendant aux Teutons. L’approche de l’armée de secours ayyoubide, combinée à la nouvelle de la mort de l’Empereur germanique Henry VI firent le reste…

En 1219, le Sultan Malik al-Mu’azzam fit démanteler le Toron, au même titre que d’autres forteresses qu’il craignaient de voir tomber aux mains des Francs. Dix ans plus tard, la seigneurie de Toron fut rétrocédée aux Francs par l’entremise de l’Empereur germanique Frédéric II, qui la rendit à la vieille héritière de la famille, Alix, sœur du dernier seigneur de Toron. La citadelle fut définitivement perdue pour les Chrétiens au cours de l’année 1266, suite à la chute du Safed.
Bien plus tard, les Ottomans rebâtirent une place forte (servant de prison) sur les fondements de la vieille forteresse.

Description

De la présence franque, il ne reste aujourd’hui que des substructions et quelques assises de gros blocs taillés à bossage réparties sur tout le pourtour du château. La configuration actuelle donne une assez bonne idée de ce que pouvait être cette puissante citadelle à l’époque de Baudouin IV, et rappelle à maints égards celle du Mons Regalis, fondée pratiquement à la même époque, de part sa forme arrondie, ses saillants carrés et ses tours barlongues.

Un berquil situé à l’extérieur du château pourvoyait jadis la garnison en eau. Une chapelle castrale dédiée à la vierge se trouvait également à l’intérieur du château.