Montferrand

Syrie | Comté de Tripoli

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Toponymes connus

  • Montferrand
  • Rafanée
  • Mons Ferrandus Latin
  • Barin - B‘arīn / بعرين Arabic

Description

Français

Histoire

Au pied du versant oriental du Jebel Helou , Rafanée (aujourd’hui Rafania ), importante cité à l’époque gréco-romaine, présentait un intérêt stratégique certain pour les Francs récemment installés en Terre Sainte, en ce qu’elle surveillait la vallée du Moyen-Oronte, permettant d’interférer à loisir dans les communications entre les villes de Homs et Hama, tout en prévenant toute éventuelle incursion venant de l’est vers le littoral au travers des Monts Ansarieh.

Les Francs parurent pour la première fois sous les murs de Rafanée durant leur descente de la Boquée au cours de la première croisade. Les habitants de la ville, à la nouvelle de leur arrivée, abandonnèrent tous leurs biens et s’enfuirent, laissant la ville aux Croisés qui s’y reposèrent trois jours.

L’un des premiers desseins de Raymond de Saint Gilles, revenu dans la plaine de Tripoli après sa déconvenue d’Anatolie en 1100, fut de s’emparer de Rafanée. Répétant sa stratégie tripolitaine, il entreprit à une date indéterminée la construction à un kilomètre en surplomb de la cité d’un château fort qu’il nomma Montferrand ( Mons Ferrandus, aujourd’hui Ba’rîn, ce nom viendrait du souvenir de la VIème légion romaine surnommée Ferrata et dont le camp se trouvait vraisemblablement sur la colline choisie par Raymond pour la construction du château).

Le 18 avril 1105, l’atabeg de Damas Toghtekin, voulant sans doute faire une diversion pour desserrer l’étreinte franque autour de Tripoli, s’empara de la forteresse, tuant cinq cent hommes et démantelant ses remparts.

Peu après la prise de Tripoli, le 12 juillet 1109, les Provençaux menés par Bertrand de Tripoli firent une tentative contre Rafanée que Toghtekin s’empressa de défendre. L’effet de surprise passé, les Francs traitèrent avec lui : le tiers des récoltes de la Beqa’ ainsi que les forts de Moinetre et de Akkar leurs seraient attribués en échange de l’engagement de ne pas inquiéter les châteaux de Masyaf, Touban et le château des Kurdes , lesquels n’en paieraient pas moins tribut au comte de Tripoli.

Cet accord vola en éclat lorsque le comte Pons de Tripoli reprit Rafanée à Toghtekin en 1112, qu’il remit en état de défense et la dota d’une solide garnison. En octobre-novembre 1115, Toghtekin parvint lors d’une attaque de nuit à s’introduire dans la place, faisant beaucoup de prisonniers et un grand butin.

Pons de Tripoli réinvestit par la suite la citadelle de Montferrand, de laquelle sa garnison tenait la ville en contrebas aux mains des musulmans en alerte perpétuelle. En mars 1126, il assiégea véritablement Rafanée avec l’aide du roi Baudouin II de Jérusalem. Le gouverneur de la cité, Shams al-Khawâss Yâruqtâsh, parti demander du secours à l’atabeg de Mossoul, avait laissé à son fils le soin de défendre la ville. Ce dernier capitula au bout de dix huit jours de siège, et la garnison musulmane put se retirer librement.

Comprenant la difficulté qu’il aurait à tenir cette position très à l’est de son comté, Pons y introduit aussitôt les chevaliers de l’ordre de l’Hospital, leur faisant donation des casaux de Cartamare et Theledehep, tous deux situés à quelques kilomètres seulement de Montferrand.

Vers 1132-1133 des bandes de Turcomans venant de Mésopotamie ravagèrent le Moyen-Oronte et pénétrèrent dans le comté de Tripoli. Pons se fit un devoir de les repousser mais fut sévèrement défait dans les monts Ansarieh et ne put que se jeter avec les lambeaux de ses troupes dans la citadelle de Montferrand.

Les chroniques franques insistent sur le rôle que joua sa femme, Cécile de France, qui, avertie du péril, couru prévenir son demi-frère, le roi de Jérusalem Foulque d’Anjou. Les chroniques arabes racontent quant à elles que Pons avait put s’échapper de Montferrand avec 20 de ses compagnon pour venir en personne implorer le roi. Quoiqu’il en soit, ce dernier rejoint Ba’rîn à marche forcée et, après un âpre combat sous les murailles de Montferrand, parvint à rallier la garnison. Les Turcomans, voyant leur coup manqué, s’en retournèrent dans la Jazira .

En juillet 1137, alors que Pons de Tripoli trépassait quelques mois auparavant, l’atabeg de Mossoul Zengi s’en prit à Montferrand. Raymond II, apprenant le danger menaçant sa forteresse de frontière, en appela à son oncle le roi Foulque, qui partit une fois de plus avec toutes les troupes qu’il put réunir à travers les Monts Ansarieh. Pour assurer le ravitaillement de la forteresse, l’armée franque traînait avec elle un convoi de vivres considérable qui la ralentissait quelque peu dans ces reliefs accidentés. En outre, mal conseillées par les montagnards syriens, les troupes franques optèrent vraisemblablement pour un itinéraire plus direct mais moins praticable que la route reliant Tripoli à Rafanée par la Boquée et le Crac de l’Hospital. Zengi, informé de la difficulté de leur approche, parvint à les surprendre au débouché des Monts Ansarieh dans la la plaine de Ba’rîn, au moment où les colonnes étaient encore empêtrées dans les vallées encaissées sans possibilité de regroupement. Malgré ces conditions par trop inégales, les Francs se défendirent correctement et parvinrent à dégager assez d’espace pour que l’arrière-garde emmenée par le roi puisse chevaucher à bride abattue jusqu’à Montferrand. Le reste de l’armée fut massacré ou fait prisonnier.

Bien maigre consolation en vérité que ces bouches supplémentaires à nourrir qui avaient du abandonner dans le feu de l’action les vivres qu’elles réservaient aux assiégés…

Zengi, conscient de la chance historique qu’il avait de s’emparer du roi de Jérusalem et de la fine fleur de la noblesse franque de Syrie, mit le siège devant Montferrand avec d’autant plus de vigueur. Le roi, constatant la famine qui régnait déjà sur place, parvint à dépêcher des coureurs au quatre coins de l’orient latin pour annoncer sa position désespérée à Montferrand. Cet appel tragique eut pour effet de provoquer une levée en masse dans le royaume de Jérusalem, où le patriarche Guillaume de Messine se mit en marche avec la Vraie Croix et l’arrière ban du royaume en direction de Tripoli. De même, Joscelin II accourut d’Edesse accompagné de Baudouin de Marash. Même le prince d’Antioche, Raymond de Poitiers, dont la capitale était menacée par les troupes byzantines emmenée par le basileus Jean Comnène, recommanda sa cité à Dieu et se mit en devoir de venir délivrer le roi.

Mais les troupes de Zengi avaient si bien bloqué la place que les assiégés ignoraient tout des renforts qui étaient en marche. Dix mangonneaux battaient les murailles nuit et jour, alors que les vagues d’assaut se renouvelaient sans cesse, ne laissant aucun répit aux assiégés. La famine et la maladie achevaient de les affaiblir. Les chroniques franques mentionnent la puanteur des cadavres qui rendait l’air irrespirable et les ravages que faisaient les bombardements et tir d’archers dans cette citadelle moyenne où les assiégés étaient fort à l’étroit. L’atabeg, apprenant l’arrivée imminente des renforts chrétiens combinée à la présence des troupes byzantines aux portes de la Cilicie, entra en négociation avec les assiégés, et leur offrit une capitulation honorable, preque inespérée : contre la reddition de la place, les assiégés pourraient se retirer sans dommage et s’en retourner librement en leur terre.

En entendant ces surprenantes conditions, Foulques et les siens y accédèrent avec joie. La capitulation eut lieu le 20 août 1137. Quand Foulques sortit de la citadelle, l’atabeg lui témoigna les plus grands égards et lui remit une robe d’honneur, ainsi que l’ensemble de prisonniers capturés lors de la bataille précédente.

Foulques et les siens s’en retournèrent vers Tripoli et rencontrèrent l’armée de secours à hauteur d’Archas, mais il était trop tard…

La chute de Montferrand et de Rafanée marqua un tournant dans l’histoire du comté de Tripoli, qui venait de perdre ses deux seules possessions à l’est des Monts Ansarieh, lesquelles défendaient le comté contre les incursions des émirs de Homs ou d’Hama. Dès lors, le comte de Tripoli dut s’assurer d’une solide position stratégique en deçà de ces deux places pour défendre ses terres : c’est ici que commence l’histoire du « Crac des Chevaliers » ….

La région de Montferrand/Rafanée ne fut plus dès lors qu’un objectif de razzia pour les Hospitaliers stationnés dans la Boquée. A plusieurs reprises, ces derniers organisèrent ce genre d’expédition notamment pour prendre en nature le tribut que le malik de Hama s’était engagé à verser aux chevaliers du Crac.

Ainsi, en 1203, les troupes de l’Hospital, du Crac et de Margat allèrent, au nombre de 400 cavaliers et 1400 fantassins tenter de surprendre Malik al-Mansour sous Montferrand et furent sévèrement battues.

A l’automne 1229, les Hospitaliers effectuèrent une seconde razzia près de Montferrand, de laquelle ils rapportèrent un grand butin.

En 1233, une expédition de grande envergure fut organisée en partance du Crac, rassemblant des contingents hospitaliers, des contingents du Temple et la fine fleur du royaume de Jérusalem et du comté de Tripoli. Après une marche de nuit, les Francs surgirent à l’aube devant Montferrand dont ils pillèrent le bourg avant de joindre Miryamin, à sept kilomètres au sud, où ils restèrent deux jours, en envoyant leurs contingents ravager les alentours. L’armée regagna le Crac sans avoir rencontré d’ennemi.

En 1238-1239, le prince de Hama, Muzzafar décida de raser la citadelle jusqu’à fleur de terre.